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Lokua Kanza

Auteur, compositeur, musicien et interprète congolais, Lokua Kanza est en couverture de notre numéro consacré à la musique. Et la musique, c’est toute sa vie ! Le chanteur, qui n’avait plus sorti d’albums depuis 2010, revient avec « Moko ». Un album de 14 titres enregistrés pendant huit ans dans 12 pays et chanté en 14 langues. On y retrouve le regretté Manu Dibango, Ray Lema, Charlotte Dipanda, Wasis Diop, la gagnante de The Voice Afrique Francophone Pamela Baketana, Grady Malonda et l’orchestre symphonique de Budapest.

Dans cette interview à ESIMBI Magazine, Lokua Kanza se livre à cœur ouvert sur son parcours, sa vie artistique et son nouvel album.

ESIMBI Magazine : Vous êtes né à Bukavu en RDC. Vous avez grandi à Kinshasa. Tout petit, vous vouliez déjà faire de la musique ?

Lokua Kanza : J’ai découvert la musique à 8 ans dans une chorale à Kinshasa. Je suis allé dans une église et là, j’étais subjugué et touché par les enfants de mon âge qui chantaient. Je me suis dit : « Tiens, j’aimerais faire comme eux. »  C’est comme ça que je suis allé voir le directeur de la chorale qui m’a dit : « On va essayer. » Et c’est parti comme ça.

Quels sont les artistes qui vous ont donné envie de faire de la musique quand vous étiez jeune ?

Il y a une personne qui a déclenché ma passion pour la musique, c’est Miriam Makeba (décédée en 2008). Je devais avoir 13 ans. J’étais au stade du 20-Mai (actuellement Stade Tata Raphael) au Congo. Je l’écoutais et là, je suis tombé sous le charme de cette chanteuse.

Est-ce que vous vous souvenez de vos premiers concerts en public ?

C’était à Kinshasa en RDC. J’étais musicien. Je jouais dans plusieurs endroits. Mais c’est beaucoup plus tard que j’ai joué mon premier concert en tant qu’artiste à part entière. C’était à l’Olympia de Paris en 1992. Je faisais la première partie d’Angélique Kidjo.

Vous avez tout au long de votre carrière, collaboré avec de grands artistes africains comme Manu Dibango, Papa Wemba, Abeti Masikini, Koffi Olomidé ou encore Fally Ipupa. Comment avez-vous vécu ces expériences auprès de ces artistes ?

Ce sont généralement de belles expériences. Ils m’ont permis d’apprendre quelque chose de moi et découvrir des nouvelles choses. C’est ce qui est beau dans l’échange artistique.

Papa Wemba et Manu Dibango nous ont quitté respectivement en 2016 et 2020. Comment avez-vous réagi à la disparition de ces deux légendes de la musique internationale ?

La mort de Papa Wemba c’était un grand choc parce que je ne m’y attendais pas du tout. Il était très jeune. Manu Dibango, même s’il était âgé de 87 ans, je ne voulais vraiment pas qu’il meurt. Les gens qu’on aime, même s’ils ont 100 ans, on n’a pas envie qu’ils partent. On veut qu’ils soient éternels. D’autant que Manu Dibango, en tant que musicien et artiste, c’est mon vrai père spirituel. Sa mort restera un choc pendant longtemps. C’est lui qui m’a donné la chance de monter sur scène en 1991.

Photo : Martin Abega.

“Mon premier concert à l’Olympia est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie”

Lokua Kanza

Quels sont les bons et les mauvais souvenirs de votre carrière ?

Des bons souvenirs, j’en ai plein. Il y a aussi des mauvais souvenirs, bien sûr. Mais mon premier concert à l’Olympia, est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie, car il a vraiment lancé ma carrière. Mon plus mauvais souvenir n’est pas lié à la scène. C’est la mort de ma maman. J’aurais tellement voulu qu’elle voit ce que je suis devenu, l’amener en Europe, faire des voyages avec elle… Malheureusement, je n’ai pas eu cette chance.

Quel bilan tirez-vous de votre longue carrière artistique ?

  (Il rit) Un bilan ? C’est encore trop tôt ! Mais je tiens quand-même à dire merci au public. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il y a des gens qui aiment ma musique, qui m’encouragent et me donnent la force de continuer. Dans mon bilan personnel, je me rends compte que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Je me souviens que, lorsque j’ai commencé la musique, j’avais trouvé trois accords à la guitare et je me considérais comme le roi du pétrole. Je pensais que je maîtrisais déjà bien la guitare alors que je commençais à peine. A ce jour, je réalise que j’ai encore un long chemin à parcourir. Un long désert à traverser.

Quelles différences faites-vous entre la nouvelle génération d’artistes congolais (Gaz Mawete, Innoss’B…) et les vétérans comme Sam Mangwana, Bozi Boziana, le regretté Josky Kiambukuta… ?

  Je dirais qu’il y a une grosse différence mais c’est plus dans la continuité. Il n’y a pas de comparaison à faire. Ce sont deux générations différentes avec des mentalités complètement à part. C’est aussi deux écoles différentes. Autrefois, on avait au Congo des grands paroliers comme Simaro Lutumba. Aujourd’hui, on est dans une génération où le rythme et la danse sont prédominants. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, mais les paroles ont de moins en moins de valeur. Il faut quand-même rappeler aux gens qu’une chanson se construit avec des textes et une mélodie. Il ne faut jamais oublier ça.

En tant qu’artiste et coach de The Voice Afrique, quels conseils donnez-vous à la jeune génération d’artistes africains ?

  Je leur dis une seule chose : le métier d’artiste est assez dur. Ce métier peut nous surprendre dans le bon comme dans le mauvais sens. Il faut d’abord apprendre. Un succès arrive très vite mais il peut s’arrêter du jour au lendemain. En revanche, la connaissance ne s’arrête jamais. Quand on connait son métier, on peut rebondir à n’importe quel moment.

Photo : Martin Abega.

“J’ai toujours voulu faire une musique qui touche l’humain, peu importe sa couleur ou ses origines.”

Lokua Kanza

Vous venez de sortir votre nouvel album intitulé Moko. Un album chanté dans 14 langues et enregistré dans 12 pays dont l’Inde, la France, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Congo, l’Angleterre ou encore le Nigéria. Comment l’avez-vous abordé cet opus ?

  Faire un album, c’est toujours un rêve d’enfant. Et mon rêve d’enfant, c’était de voir des musiciens jouer devant moi et prendre du plaisir. Depuis que je suis petit, quand j’écoute de la musique, je ne peux pas m’empêcher de bouger.

Pour mon nouvel album, je voulais réunir des gens qui me touchent. En allant dans douze pays, j’ai voulu aborder des sonorités différentes avec des musiciens venus d’horizons différents. Il y a par exemple des musiciens de jazz, de variété, de gospel…

Que signifie « Moko » et pourquoi ce titre ?

  « Moko » veut dire un. C’est le commencement, l’unité. J’ai toujours voulu faire une musique qui touche l’humain, peu importe sa couleur ou ses origines. Quand j’écoute de la musique classique, je ne réfléchis pas si le musicien est noir ou blanc. Que ce soit pour la musique ou l’art, quand tu es en face d’une œuvre qui est magnifique, tu ne te poses pas de questions.

On peut donc parler d’un album universel…

  Je le souhaite en tout cas ! (Eclat de rire).

Un premier titre est sorti avant les autres, c’est « Tout va bien ». Pourquoi avez-vous dévoilé cette chanson en premier ?

  On vit dans une période où la morosité prend place. L’humain tend vers la déprime. Et l’idée de ma chanson « Tout va bien », c’était de faire en sorte que l’humain retrouve un peu d’espoir. Je voulais faire un truc léger qui ramène un peu de joie. C’est mon devoir en tant qu’artiste.

Où vous voyez vous dans dix ans ?

  Dans dix ans, je me vois encore jouer sur scène, mais une scène calme et avec moins de monde.

Styliste : Tina Lobondi.

Photographes : Martin Abega et Fabrice Yal.

Marque : Emanuel Lungaro Paris.

Restaurant : L’afrodisiac Restaurant.

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