ESIMBI Magazine : Vous avez travaillé avec ELLE magazine en Afrique du Sud, parlez-moi de vos débuts ?

Tania Habimana: Oui, c’est vrai. Mais en fait, j’ai commencé ma carrière dans le commerce en ligne dans le secteur de la mode en Europe. Mon travail était principalement de developer leur vente en ligne et leur marketing digital ainsi qu’intégrer de nouveaux marchés en utilisant les canaux digitaux comme mode d’expansion. Pour être honnête, ma carrière s’est développée en “chapitres”. Le premier chapitre était le commerce en ligne et la mode, où j’ai acquis beaucoup de connaissances en techniques digitales et le fonctionnement de l’industrie de la mode en Europe. Le deuxième chapitre était en business development, toujours dans le secteur de la mode mais par contre, cette fois-ci, sur le marché Africain. Effectivement, en 2014, j’ai été chargé de diriger l’expansion d’une marque européen et de l’implémenter sur le marché de l’Afrique Sub-saharienne. C’est là que j’ai appris à faire des affaires en Afrique, en particulier au Nigeria, au Kenya, en Angola et en Afrique du Sud. Ce n’est que plus tard que mes intérêts personnels pour les médias sont venus. C’est à ce moment que j’ai commencé à écrire pour le magazine ELLE et à faire des présentations à la télévision. Ensuite, tout cela a cumulé dans la carrière que j’ai maintenant, où 10% de mon temps est passé dans les medias en tant qu’intervenante, intervenant à des conférences et autres, et 80% de mon temps, je gère mon entreprise qui en retour aide au développement d’autres entreprises en Afrique.

EM: Pourquoi avoir choisi d’entreprendre dans le marchéafricain ?

TH: Je suis Africaine avant tout. Je crois en notre continent et si je dois choisir où je mets mon sang, ma sueur et mes larmes, ce sera sur la terre de mes ancêtres. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours eu le sentiment que l’Afrique est chez moi et que l’Europe n’est que temporaire. Cela est la raison du Coeur, mais également sur le plan commercial, l’Afrique est pour la plupart une terre d’opportunités, une terre vierge où tout reste à faire. Si vous comparez cela au monde occidental, ces marchés sont très saturés. Il y a beaucoup de concurrences et le coût de création d’une entreprise est considérablement plus élevé. Tandis qu’en Afrique, il y a beaucoup à faire et le coût de démarrage est beaucoup moins cher, et bien sûr il y a beaucoup moins de competition.

EM: Quels sont les réalités à savoir de la vie de chef d’entreprise ?

TH: Ce n’est vraiment pas aussi glamour que ça en a l’air. La plupart du temps, nous travaillons de longues heures, les week-ends et les jours fériés.

Le poids de l’entreprise repose souvent sur nos épaules. Nous ne pouvons donc tout simplement pas nous relâcher. À titre d’exemple, il existe des situations dans lesquelles vous devez travailler malgré que vous préférez vous consacrer à d’autres choses importantes. Comme mettre la priorité sur la famille, mais vous le faites quand même car si vous ne clôturez pas ce contrat là, c’est bien les salaires de toute votre équipe qui en dépendent. L’autre aspect du statut de chef d’entreprise est que vous devrez souvent prendre des décisions impopulaires et que vous devrez souvent agir beaucoup par la foi et prendre des risques. Il n’existe pas de manuel pour gérer et grandir une entreprise. Vous devez donc souvent faire confiance à votre instinct, prendre des risques sans vraiment savoir quel en sera le résultat. Et parfois, même ces décisions seront impopulaires dans votre entourage, même les membres de votre équipe. A une occasion, j’ai dû prendre une décision et refuser une proposition de sponsoring d’une entreprise qui nous offrait plus de 200 000 USD, simplement parce que de notre constat, cette entreprise était un concurrent pour un autre de nos gros clients et j’ai décidé de rester fidèle même si c’était 2 projets différents. Beaucoup ont considérés cela comme inutile, mais j’ai décidé que je préfère être fidèle à ceux qui nous ont soutenu dès le début au lieu de courir après l’argent.

EM: Votre travail vous permet de travailler sur de nombreux projets avec les jeunes entrepreneurs, quels sont les opportunités à saisir actuellement sur le continent ?

TH: Pour les jeunes entrepreneurs, je pense qu’il y a énormément d’opportunités dans tout ce qui est numérique. Pas forcément le monde technologique, par exemple blockchain, intelligence artificielle etc… mais plutôt numérique : numérisation des opérations, services numériques, marketing digitale etc… Toute personne qui apprend à coder mais également à utiliser des outils numériques tel que les outils de marketing digitale, prospérera sur notre continent et même à l’étranger. Par exemple, il existe d’innombrables possibilités de recevoir des emplois à l’étranger sur des plateformes de travail en ligne telles que upwork.com ou fiver.com, où tout jeune, sans avoir à enregistrer une entreprise, peut fournir des services et être rémunéré au taux de change.

EM: Vous êtes chef d’entreprise aussi, parlez-moi de votre société ?

TH: NONZēRO Afrique est une entreprise dédié à aider les entrepreneurs et PME en Afrique à se développer. Nous faisons cela de deux manières:

Le studio de marketing NONZēRO: Dans notre Marketing Studio, nous utilisons la puissance du monde numérique au profit de nos clients, leur permettant ainsi d’atteindre des marchés plus vastes, de s’imposer en tant que leaders (dans leur secteur) et de se présenter avec une esthétique de marque professionnelle . Nous nous concentrons sur les stratégies qui ont un impact direct sur le chiffre d’affaire de ces entreprises sans pour autant casser la banque, avec un investissement trop important pour une PME. Notre offre comprend des stratégies de communication axées sur les résultats allant du marketing digitale ciblé au leadership éclairé des dirigeants.

Nos programmes à impact NONZēRO: Nous travaillons avec de grandes entreprises, des institutions, des universités et des gouvernements pour créer des programmes qui profitent aux PME et aux entrepreneurs. Nous agissons généralement en tant que fondateurs de programmes, apportant une solution à un problème de “Business” pour l’afrique, allant de la recherche et développement à la mise en œuvre, en passant par la création d’un éco-système de facilitateurs. Chaque membre de l’écosystème joue un rôle important en fournissant un accès à la connaissance, aux ressources et / ou aux réseaux.

EM: Récemment, vous étiez intervenantes au rassemblement de l’union Africaine au Niger, quels sont vos spécialités?

TH: C’est un développement assez récent dans ma carrière. Cela a commencé avec l’Union européenne en 2017, j’ai été sélectionné comme ambassadrice pour un programme de mobilité de la jeunessse à la Commission Européenne. Lors des événements de kick-off, ils m’ont demandés de modérer quelques unes des sessions et de partager mon savoir et experience en matière de mobilité professionnelle et d’avancement de carrière de la jeunesse. À partir de là, j’ai été chargé d’intervenir en tant que modératrice et experte auprès d’un certain nombre d’organisations telles que l’Union Africaine, l’Organisation Internationale de la Francophonie, le dialogue AS-UE mais également des entreprises dans le secteur privé.

Mon domaine principal d’expertise est au niveau de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Le développement des petites et moyennes entreprises et le développement de l’industrie de la mode et l’industrie créative en Afrique. Pour l’événement au Niger, c’était le sommet de lancement de la zone de libre-échange continentale (Continental Free Trade Area) à laquelle 45 pays avaient souscrits pour créer un marché unique Africain. Ce fut un grand honneur de participer à cet événement, car je suis convaincue que notre continent sera plus fort étant uni. Si nous, en tant que citoyens Africains, apprenons à connaitre mieux nos pays voisins, nous serons exposés à plus de choses qui nous permettront tous, collectivement, de croître et d’être plus compétitifs sur le marché mondial. Lors de cet événement, j’étais donc la modératrice officiel et j’ai dirigé les discussions des tables rondes sur le développement des PME ainsi que sur l’entreprenariat des jeunes et des femmes et sur les avantages qu’ils pouvaient tirer d’un tel marché unique.

EM: Comment peut-on joindre votre programme pour les start-ups?

 TH: Nous offrons des programmes créés par secteurs d’activités. Donc par exemple, Nous avons un programme dans le secteur du business de la mode en Afrique appelé «Threads Stitched by Standard Bank». Ce programme est une entité indépendante. Il y a une admission chaque année et les entrepreneurs de la mode éligibles peuvent postuler directement via le site Web du programme www.wearethreads.com. Pour découvrir les nouveaux programmes que nous lançons, le plus simple est de me suivre directement sur les réseaux sociaux. Je poste regulièrement à propos de nos programmes et des activités à venir. @TaniaHabimana on Instagram, twitter and facebook

EM: Quel conseil donneriez vous à la diaspora qui veut entreprendre dans leur pays d’origine ?

TH: J’aimerais d’abord émettre une mise en garde: ne pensez pas que vous en savez plus et faites-vous un devoir de collaborer et de travailler avec des personnes locales qui connaissent probablement le marché beaucoup mieux que vous. En outre, je dirais, essayez de faire un point pour transférer des compétences et des connaissances. Évitez d’être une autre institution «d’origine européenne ou américaine» qui construit une solution et laisse sans jamais transférer les connaissances à d’autres qui leur permettraient de continuer à se développer et