« Tel le Ying et le Yang, on se complète » : les Nyotas

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Un duo à mourir de rire. Elles sont “les NYOTAS, en français “Étoiles”, Alias Jovita Songwa et Princesse Watuwila. Prix RFI Talent du Rire 2020, ces deux jeunes femmes humoristes congolaises rêvent de dompter les plus grandes salles de spectacle du monde, à leurs actifs plusieurs spectacles notamment le Parlement du Rire en Côte d’ivoire et le Festival Toseka en RDC. Très talentueux et prometteur, ce premier duo humoriste féminin en République Démocratique du Congo a accepté de se confier à Esimbi Magazine.

Propos recueillis par Josué Ngoyi

Pourquoi avoir choisi de devenir Humoristes ?

Jovitas: À la base, je n’aimais pas l’humour et j’ai appris à l’aimer. Chez moi, mes proches me disaient toujours que j’animais bien et me demandaient d’aller faire des études d’art dramatique afin de mieux faire rire. J’y suis allé et aujourd’hui me voilà.

Princesse: Moi également, je ne me voyais pas humoriste parce que lorsque je suis allé à l’institut nationale d’art c’était pour faire des interprétations dramatiques, c’est après avoir rencontré Ronsia Kukielukila que j’ai changé un peu d’angle j’ai eu à ouvrir cette parenthèse de l’humour. J’étais déjà comédienne et des proches m’ont proposé de faire de l’humour.

L’appellation « Nyotas » vient de Ronsia, il nous a baptisé les NYOTAS parce qu’il dit que nous sommes ses étoiles. Il a réuni ce duo et nous a fait comprendre que nous pouvions mieux travailler ensemble sur scène.

Comment vous-êtes-vous rencontré, quel a été le déclic ?

Avant les Nyotas, nous n’étions pas amies !!! (rires)

P : Nous nous sommes rencontrés à l’INA. J’étais en troisième et Jovita venait d’arriver en première année, curieusement il y avait mes collègues qui me disaient qu’il y a une fille en première qui fait des trucs comme moi, marche et parle comme moi. Je ne l’avais jamais vue, jusqu’à ce que je la vois au théâtre national où elle passait son examen d’interprétation dramatique. J’avais le dos tourné et j’ai entendu quelqu’un parler comme moi. Ça m’a tiqué et j’avais l’impression de m’écouter (RIRES)!!! Je suis allé la voir, nous avons échangé et c’était parti.

J : Moi aussi (RIRES)!!!, mes collègues et amis me disaient qu’il y a une fille en troisième année qui parle, marche et se comporte comme moi. Je ne savais pas de qu’il s’agissait jusqu’à ce qu’elle soit venue me voir après mon examen d’interprétation.

Comment avez-vous débuté votre carrière d’humoriste, (la petite histoire) ainsi que votre rencontre avec le culturel attitré Ados Ndombasi ?

C’était lors de la répétition du spectacle « TOSEKA », la soirée made in congo qui devait se dérouler à la Halle de la Gombe. Après avoir travaillé avec Ronsia, il nous a demandé de nous présenter à d’autres humoristes afin d’avoir un retour. Juste des remarques parce que nous n’étions pas prêtes pour monter sur scène vue que nous ne l’avions jamais fait ensemble. Il nous a présenté et on a commencé à jouer. Les artistes présents nous ont donné des remarques et nous ont encouragé. Puis soudain, Ados nous a proposé de faire la première partie du spectacle qui allait se dérouler à l’institut Français. C’était un 26 mars. Après notre prestation à l’institut, il est revenu sur scène devant tout le monde et a demandé au public s’il voulait nous voir pour made in congo “TOSEKA” au théâtre de verdure. Tout le monde a crié, OUI!!! et puis voilà.

Quel est votre modèle d’humoriste féminin sur le plan national et international ?

P : J’ai carrément flashé sur Gad Elmaleh. Je n’arrête pas de le dire, je dois à tout prix le voir. « Nako kanga ye likolo, mukolo nako mona ye » (RIRES). J’aime tout de lui, ses spectacles, son humour etc… c’est un artiste complet. Bon chanteur, bon mime, super interprète. Il joue tellement bien qu’il m’inspire beaucoup.

J : Moi sur le plan international c’est Claudia Tagbo. Sur le plan national, il y a plusieurs comédiens populaires qui ont influencés notre carrière. Nous avons carrément été bercés par plusieurs comédiens et en choisir un est très difficile.  

Jovita Songwa et Princesse Watuwila alias les NYOTAS

C’est comment être humoriste, difficile ou amusant ?

J : Je suis artiste depuis que j’ai 5 ans, au moment où j’ai décidé de faire de la comédie mon métier, c’était difficile. Il y avait pleins de choses qui se passaient dans ma tête. Je me demandais si c’était le bon choix parce que lorsque j’étais petite, il se disait que les artistes ne mangeaient pas et donc il y avait beaucoup de questions du genre dans ma tête. À la fin je me suis dit, il n’y a rien pour rien. Tel le sérum moral, j’étais tout excité en me lançant dans la profession mais après en regardant en arrière, je me demandais si j’avais vraiment fait le bon choix. 

P : Être humoriste me rend heureuse. L’une des choses que j’aime le plus c’est la sensation quand je suis sur scène. Lorsque je lance une vanne et que le public est emporté par la blague. C’est comme une récompense pour moi. J’ai une fraicheur dans mon cœur. En me lançant dans cette profession, je ne me suis pas demandé si ça va marcher ou pas. Je suis le genre de personne qui si je suis dans quelque chose, quelle qu’elle soit, je me dis qu’il faut que ça marche absolument.

Quelle est la plus grande difficulté à laquelle vous avez fait face lors de vos débuts dans votre carrière d’humoriste ?

J : Se comprendre, c’était très dure. Je l’ai abandonné plusieurs fois.

P : Oui, très dure.  C’est comme être un couple… Disons que c’est vraiment un couple, deux humeurs, deux éducations, deux façons de réagir, tout est différent. C’est beaucoup de choses en même temps. Il faut donc s’accepter et se tolérer. On se dispute puis on cherche comment arranger. Bref, tel le Ying et le Yang, on se complète (RIRES). En dehors de cette difficulté, il y a la langue que nous parlons face au public. À la base, nous devrions faire de l’humour en Français pour se faire accepter par un public qui est habitué à rire à des sketchs et comédies en Lingala. Il nous est déjà arrivé de nous retrouver sur scène et qu’une personne dans le public se lève et crie « Français TE !!! » Snifffff. Ça déstabilise et frustre. 

Comment imaginez- vous les Nyotas dans 5 ans ?

P : Je nous vois toujours ensemble, je nous vois faire des prestations sur plusieurs autres scènes, remporter plusieurs trophées et surtout travailler dur parce qu’au stade où on en est, nous n’avons plus droit à l’erreur.

J : Au début, nous avions fixé des règles afin que nous ne nous fâchions pas l’une contre l’autre. Parmi ces règles, il y a celle que nous nous sommes rencontrés dans l’humour et que chacun faisait déjà quelque chose en dehors, donc lorsque vous voyez Princesse faire quelque chose en solo. Ne dites pas que les Nyotas se sont séparés. Je nous vois faire de grandes salles, être des icones, faire partie des rares femmes dans le monde qui influencent et peuvent prouver qu’on peut travailler ensemble et aller de l’avant.

Votre meilleur souvenir en tant qu’humoriste ?

P : Lorsque j’ai rencontré Jamel Debouz, (AAHH !!!). J’ai beugué pendant plusieurs minutes, tellement j’étais choqué. C’est lui qui parlait et nous on le regardait tout simplement. Après quand il est parti, je me suis mise à pleurer. Ça m’a vraiment fait quelque chose.

J : C’est lorsqu’on nous a annoncé que nous avions remporté le RFI jeune talent en 2020. Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais imaginé ça, parce que je me disais qu’on n’a pas de chance. Enfaite j’ai malheureusement toujours été négative parce que j’ai un peu peur de l’avenir. Même pour postuler, je ne voulais pas, c’est elle qui avait fait en premier et je l’ai fait à 21h. Cependant, quand j’ai appris que nous avions gagné, j’ai pleuré.

Ce n’est pas aisé de se lancer dans ce domaine et briller comme vous le faites là, alors, qui est derrière vous ?

Ronsia Kukielukila. Il nous soutient beaucoup avec des conseils, coachings tout en étant notre metteur en scène. Il nous appelle ses Nyotas car nous sommes les premières humoristes qu’il a formé.

Vous avez presté dans plusieurs villes du continent, et collaboré avec plusieurs humoristes professionnels. Alors, comparé à l’humour congolais qu’en est-il ?

P : Chaque pays et nation a sa culture, son coté drôle et cetera. Il y en a qui te diront, je n’apprécie pas l’humour Camerounais ou l’humour ivoirien ou encore congolais. Selon moi, c’est bon d’avoir pu voir cette différence entre plusieurs humoristes. Je ne dirais pas que l’humour congolais est plus médiocre que celui de l’ivoirien. Pas du tout, parce que Kinshasa c’est un carrefour de l’humour. Il y a tellement de délire dans notre ville que même sans faire de l’humour, on rit de tout, on le trouve partout.

J : C’est vrai, nous sommes allés dans de grands festivals, mais je pense qu’il n’y a pas de différences mais le feeling c’est juste qu’on rencontre d’autres cultures et personnes qui ont leur conception de l’humour.  À Kinshasa, si on ne parlait pas du stand-Up il y a 5 ou 6 ans, aujourd’hui, le stand-Up vient à une vitesse fulgurante. 

Que pensez-vous de l’humour en RDC, pourquoi cet énorme fossé avec celui d’ailleurs 

P :  Les Etats Ivoirien et Marocain ont compris qu’ils peuvent se faire de l’argent avec de l’humour, voilà pourquoi ils subventionnent ce secteur en y investissant beaucoup. Au Maroc, il y a des milliers de touristes européens qui viennent juste pour assister au Marrakech du Rire et en Côte d’Ivoire, le palais de la Culture draine beaucoup de monde pour de l’humour. Notre Etat congolais ne fait pas confiance à la culture.

J : Tu peux faire tout ce que tu peux pour organiser un très beau spectacle, mais lorsque tu n’es pas accompagné par les autorités du pays, tu seras limité quelque part.

Jovita Songwa et Princesse Watuwila

Pensez-vous être arrivé, avoir atteint vos objectifs ?  

P : Je dirais qu’on vient de commencer et j’envisage de faire beaucoup plus de scènes, beaucoup plus de choses parce que dès que j’aurais dit que je suis arrivé, ça sera alors fini pour moi. Je vais carrément casser ma carrière.

J :  Je viens à peine de faire mon tout premier Two Women show. Il y a certains rêves qui se sont réalisé (Toseka, Jamel, Parlement du rire,) ce qui manque c’est que nous puissions briller hors de l’Afrique. Il y a des salles que nous aimerons absolument faire, que ce soit en Afrique comme dans le monde. On veut briser les barrières.

Que pensez-vous de la Parité homme-femme en RDC ? Le Sexisme et tout, avez-vous déjà rédigé des sketchs sur ça ?

J : Je pense qu’il n’y a pas de parité mais plutôt complémentarité. Pour moi, il n’a pas de métiers pour les hommes et d’autres pour les femmes, NON! Si tu es capable de le faire, complète-moi. Nous avons eu à faire un sketch pour Onu-Femme sur l’autonomisation de la femme. Lorsque nous avons rédigé ce sketch, on s’est vite rendu compte qu’il avait un très sérieux impact dans le monde professionnel. Plusieurs choses nous ont choquées. C’est un sujet à double tranchant et moi je suis du côté de la complémentarité. Si on se met dans la tête qu’on est marginalisé, nous n’allons pas régler le problème.

P : Chez certains hommes et femmes, cela existe. C’est vraiment un couteau à double tranchant. Ça dépend juste de la manière de voir les choses. Il y a certains milieux où les hommes donnent de la valeur au travail des femmes et d’autres milieux où les hommes ou femmes minimisent le travail de l’autre sexe pour avoir une quelconque valeur dans la société.  Je pense que la meilleure des choses à faire, c’est de se compléter. On est Humain et qui dit humain, dit imparfait. On doit se tenir la main juste pour avancer ensemble.

Qui sont les Nyotas loin des projecteurs et que font-elles ?

P : Je suis scénariste, réalisatrice de formation mais aussi créatrice de mode, maquilleuse et coiffeuse.

J : Je suis dans l’agro-business. Je suis fermière, je suis conteuse, j’aime les enfants et surtout leur raconter des histoires parce que je me dis que s’ils sont entre l’école et la télé, il n’y a pas ce feeling-là. Moi, j’aime que ces enfants puissent rêver, qu’ils entrent dans un monde imaginaire, qu’ils soient loin des écrans. Ça me fait plaisir de faire ça. À mes heures perdues, je joues à la guitare, aussi au xylophone, un peu de la flute. Et je suis fiancée.