John Kanyoni

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Vice-président de la Chambre des mines de la RDC, John Nsana Kanyoni nous parle de sa carrière et ses débuts.

ESIMBI Magazine: Vous êtes l’un des hommes d’affaires les plus discrets de la RDC, pourriez-vous nous parler de vos débuts ?

John Kanyoni: Je commencerai par vous remercier de l’attention que vous accordez à notre travail. Pour revenir à la discretion, le plus important est d’accomplir des choses, pas pour un épanouissement personnel sur un plan matériel ou financier, mais pour avoir un impact sur des milliers de Congolais. Nous entreprenons beaucoup de choses et notre objectif est de nous battre au quotidien pour que nos investissements touchent, dans la mesure du possible, un grand nombre de personnes. Notre business principal est focalisé sur le trading des produits miniers à travers notre entreprise Metachem Sarl, qui est opérationnelle dans plusieurs provinces notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Maniema.

Nous avons une ambition de développer le secteur agro-pastoral à l’est et travaillons sur les projets de production d’énergie dans les provinces de l’ex Katanga, ainsi que son importation pour pallier au déficit que connait les entreprises minières afin de produire davantage. Ce secteur est capital, pas seulement pour une production croissante de nos produis miniers mais aussi de la transformation locale qui a des retombés positifs pour le Gouvernement d’accroître ses revenus de l’exploitation minière.

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EM: Pourquoi avoir choisi le secteur minier ?

JK: J’ai choisi le secteur minier car je le considère comme la locomotive de notre économie. Son potentiel exceptionnel en RDC doit tirer les autres pour un développement durable. Les autres sont les industries qui exigent une attention particulière comme l’éducation, par rapport à notre démographie galopante car l’investissement dans les ressources humaines est cruciale. Je pense à l’agriculture par exemple, avec nos terres arables parmi les plus riches et étendues au monde, mais aussi au tourisme, sans oublier les services à mettre en place car avec de bonnes politiques économiques, nous pouvons vite avoir une classe moyenne à l’instar d’autres pays du Continent.

EM: La communauté internationale a un œil perplexe par rapport aux conditions de travail des enfants Congolais dans ce secteur, que pouvez-vous nous dire à propos de cela ?

JK: Vous avez raison et ces questions sont aussi des préoccupations pour notre industrie minière. En tant que Vice-président de la Chambre des Mines, j’ai étroitement travaillé avec les autres parties prenantes, particulièrement la société Civile pour voir comment éliminer ce phénomène de travail des enfants sur les sites miniers. Nous avons un cadre privilégié pour adresser cette question qui est le Guide de l’OCDE sur la diligence raisonnable dans la chaine d’approvisionnement des minerais responsables. Au delà de ce guide, il y a un dispositif réglementaire qui répond à ces questions au niveau national avec le concours du Gouvernement de l’industrie minière et la société civile.

ES: Quels sont les débouchés pour ceux qui s’intéressent à ce secteur ?

JK: Les opportunités sont nombreuses. En premier lieux pour ceux qui veulent investir et détenir des titres pour les exploiter puis dans les mines pour développer les activités connexes notamment la sous-traitance liée aux activités minières mais aussi développer l’agriculture proche des sites miniers afin de nourrir les milliers de travailleurs miniers. Nous avons aussi une nouvelle loi sur la sous-traitance qui donne une bonne opportunité aux Congolais de jouer un role déterminant dans le développement du secteur.

EM: Pensez vous que les Africains sont les seules à pouvoir transformer le continent dans un cadre positif ?

JK: Je dirai oui et non. Oui, parce que les Africains sont les premiers responsables du développement de leur continent et il n’y aura pas de développement par procuration. Les Africains doivent y travailler avec rigueur et sans complaisance.

Non, parce que l’Afrique doit demeurer ouverte aux investissements. Il est le seul continent avec une croissance continue à faire pâlir l’Europe, les Etats-Unies, l’Amérique latine et l’Asie, mais il ne faut pas se leurrer car pour y arriver, il faut travailler d’avantage! Si l’Afrique adopte de bonnes politiques économiques et ces dernières sont soutenues par une volonté politique, nous pouvons dire sans nous tromper que c’est le continent de l’avenir!

EM: Vous êtes président et vice-président de plusieurs entreprises, comment faites-vous pour jongler d’un bureau à un autre ?

JK: La clé pour y arriver est de choisir de bons collaborateurs, puis de mettre en place une vision claire, faire un suivi régulier et s’assurer que vous déléguez auprès des cadres qui partagent la même vision et avec une culture de pro-activité.

Les moyens de communication à ce jour nous permettent aussi de travailler à distance d’un bureau à l’autre mais le plus important comme je l’ai souligné, est un suivi régulier et prendre une décision importante lorsque les circonstances l’exigent même à distance.

EM: Certains Congolais de la diaspora veulent entreprendre en RDC mais ne savent pas par où commencer. Quel conseil leur donneriez-vous ?

JK: Nous en sommes conscients et nous avons à ce propos deux réseaux qui répondent progressivement aux préoccupations des Congolais de la diaspora. Ces réseaux sont Makutano et Congo Business Network. Notre ambition à travers ces deux réseaux est d’identifier les différents profils de Congolais qui souhaitent apporter leurs contributions respectives pour répondre aux défis économiques du pays. Nous aidons ceux de la diaspora à se familiariser avec le contexte du pays mais aussi à connaitre d’avantage l’environnement legal du pays, pour investir et attirer les investissements. Notre but est aussi de servir le Gouvernement Congolais à travers les réflexions et contributions intellectuelles comme “Advisory Board” pour que le pays soit plus attractif à l’investissement.